Christian Awe vit et travaille à Berlin. Il commence sa carrière artistique comme graffeur. Il est l’un des rares élus à pouvoir suivre les cours de Georg Baselitz à l’Université des Beaux-Arts de Berlin de 1999 à 2005, qu’il poursuit par une Master classe avec Daniel Richter en 2006. Il enseigne, depuis 2008, dans cette même université le Street art et le Graffiti. Et s’il continue parfois à utiliser dans son loft du district de Lichtenberg à Berlin les bombes aérosol, c’est plus pour leurs qualités picturales et la vitesse d’exécution qu’elles permettent.
Son travail, souvent de dimension gigantesque, hésite volontairement entre figuration et abstraction. Ce qui l’intéresse réellement, c’est l’inscription de signes dans l’espace, permettant de créer un espace pictural en perpétuel mouvement, où la beauté naît du hasard et de la vitesse. Pour autant, cette relation avec l’Action Painting ou l’abstraction lyrique européenne reste assez superficielle. Son propos n’est pas de célébrer les noces de l’art et des énergies qui traversent les individus, mais d’interroger le réel, avec une énergie quasi épique.
Christian Awe se considère comme un peintre figuratif, jouant avec l’ambiguïté du système de représentation qui est le sien. En effet, à travers la mise en place de figures identifiables, il confère à certains de ses tableaux une dimension critique. En effet, au-delà de son aspect ludique et joyeux, la peinture est pour lui un moyen de se poser des questions sur des problèmes aussi cruciaux que la déportation, la prostitution ou la pauvreté.
Cette approche hyper contemporaine des relations entre l’art et la société a permis à ce jeune acteur de la scène artistique internationale d’acquérir au travers de prestigieuses expositions une réputation de premier plan. Il est pour nombre de critiques considéré en raison de son riche potentiel comme l’une des étoiles montantes de l’art contemporain.
Cette liberté et cette richesse ont pour origine dans les questionnements que tout berlinois de l’Est a été obligé de se poser à travers ce que l’artiste nomme la “déportation culturelle”, un concept lourd de signification qui renvoie à un vécu parfois douloureux. Pour autant, celui-ci a développé chez les artistes de l’ancienne allemagne de l’Est un idéalisme à rebours des relation qu’entretiennent l’art et l’argent dans le monde occidental.
Patrick Favardin